La
1ere partie d’une entrevue avec une femme guérilla. Dans cette
entrevue, une représentante du Comité de Femme de la guérilla du TKP/ML
TIKKO explique pourquoi il a été important pour elles de s’organiser en
tant que femmes au sein de la guérilla. Depuis la mort des 5, cadres et
combattantes femmes de la guérilla tuées dans une attaque, ce genre
d’organisation n’existait plus.
En quoi est ce qu’un travail spécifique de femme est-il
nécessaire pour l’organisation des femmes dans les rangs de la Guérilla ?
Selon la perception socialement répandu, « la guerre est une affaire
d’homme ». La place des femmes est très « à l’abri » dans leur foyer.
Ceci est la raison pour laquelle il n’est pas considéré comme « normal »
que la femme combatte arme en main pour sa libération. Mais il est
aussi un fait avéré que là où il y a oppression, résistance et révolte
sont et seront présentes. En vérité, l’Histoire est pleine d’innombrable
faits de résistance et de révolte des femmes. Dans notre pays, cela
fait des siècles que, dans cette guerre, les femmes ont pris, et
prennent toujours, leur place à différentes échelles. Il y a de multiple
exemples qui démontrent que les femmes savent faire la guerre et
qu’elles sont une force. Cela nous le voyons dans notre propre histoire
ainsi que de celles d’autres organisations qui mènent le combat social
et de libération nationale. L’exemple le plus récent est le combat des
femmes de la Guérilla qui ont combattu en première ligne à Kobanê et à
Şengal.
Pour comprendre le présent, il est essentiel de connaitre et
d’analyser notre passé, notre Histoire. Quel était le rôle des femmes
dans la guerre hier ? Quel est-il et comment doit-il être aujourd’hui ?
Les réponses que nous allons apporter vont déterminer l’orientation de
nos réflexions. Dans ce but, pour surmonter les blocages nous devons
tout d’abord comprendre ce qu’il y avait de positif et de négatif dans
nos orientations politiques passées. Nous construisons notre lutte à
partir de nos expériences, même incomplètes, d’hier à aujourd’hui dans
les rangs de la Guérilla. Nous sommes sur un terrain où la masculinité
est très développée. Donc nous portons de manière plus que suffisante la
réflexion sur l’idéologie de domination masculine. Naturellement, pour
que les femmes et les hommes s’organisent, nos désirs politiques ne
peuvent être au même niveau. Dans cette lutte que nous avons commencé
dans l’inégalité, nous avons besoin de nos positions politiques
spécifiques. L’expérience accumulée par « les Cinq » (ref : cinq femmes
de la guérilla cadres du TIKKO mortes en combattant en 2011), les
valeurs qu’elles ont créé sont notre plus grande richesse. Ce qu’elle
nous ont laissé en héritage nous permet de voir que dans la Guérilla,
les femmes aussi peuvent porter des responsabilités, devenir Commandante
ou Commissaire Politique, prendre les devant, en bref devenir actrices
dans cette guerre. Le vide qu’elles nous ont laissé, peut être que nous
n’avons pas réussi à le comblé rapidement. Mais en allant toujours de
l’avant, en voyant l’organisation, tant que nous sommes tourné vers le
peuple, nous pensons que cette période ne durera plus longtemps. Dans
les étapes pratiques proposées dans l’organisation, celles qui montrent
de manière le plus solide notre avancée vers l’avant est la constitution
de notre comité.
« le Comité des Femmes est le produit d’une nécessité »
Pourquoi un Comité des femmes a t-il été nécessaire sur le terrain ?
Tout d’abords, durant l’année passée, plus spécifiquement durant le
Camps d’Hiver, nous avons commencé les travaux de réflexion spécifiques
femmes.Et
à plusieurs niveaux nous avons instauré les premières applications
pratiques. Les rôles que nous a fait porter la société pendant des
siècles, nous devons les formater et faire vivre à l’intérieur de
l’organisation cette orientation politique à suivre. En premier nous
devions commencer par travailler sur nous même, et nous nous y sommes
consacrées. En réfléchissant à quel point nous portons le rôle
traditionnel de femme, nous nous sommes penché sur la manière de
surmonter cela dans la pratique. Nous savons que notre travail est
difficile. Et aussi parce qu’à l’intérieur de l’organisation une des
chose que nous devons forcer au changement est le fait qu’il y ait des
zones de pouvoir masculin, tout comme l’accession difficile des femmes
aux postes de commandement, de direction, de production politique. Pour
faire court, notre guerre est contre l’ennemi extérieur, mais aussi
contre la domination masculine à l’intérieur de notre organisation et
encore contre nos rôles traditionnels de femme qui sont en nous même.
Le Comité de Femmes du TKP/ML TIKKO s’est constitué comme nécessité
de ce produit. Notre Comité en étant responsable du développement
idéologique et politique des camarades femmes à l’intérieur du TIKKO va
essentiellement renforcer l’Organisation en interne. Il va activement
travailler pour conscientiser, organiser et faire prendre part au combat
les femmes dans les régions où nous menons la guerre.
En étant des camarades , femmes et hommes, nous ne débutons pas sur
un même pied d’égalité cette guerre dans laquelle nous prenons place.
Notre développement dans la Guérilla n’est pas naturellement égale. Pour
que nous arrivions au même niveau avec les hommes, selon eux, nous
avons encore beaucoup de blocage à dépasser, nous devons lutter pour
faire ressortir nos propre force et pour avoir une entière confiance en
nous même. Nous n’acceptons pas paroles illusoire comme « nous sommes
ensembles, nous sommes égaux ». C’est pour cette raison que nous
ressentons le besoin de nos mener nos propre réflexions politiques,
d’avoir nos propre lieux organisations.
Même si c’est de manière insuffisante, nous avons déjà mis en place
des applications concrètes à plusieurs niveau à partir des nouveaux
travaux spécifiques que nous avons commencé. Avoir nos propre points de
vus, nos propre unités, nos propre réunions, nos propre lieux de vie,
que concernant ce que nous vivons notre parole compte, nous a permis
d’atteindre une force certaine au sein de l’Organisation. Notre souhait
est que nos travaux et nos visions politiques trouvent une application
pratique. Mais avant tout le fait que notre Comité des Femmes
s’organise, que, dans les rangs de la Guérilla, les travaux que nous
effectuons s’institutionnalisent, est une étape importante.
« Nous commençons par remettre en question la construction sociale »
Quels genre de travaux effectuez-vous ?
Tout d’abords nous devons préciser que comme pour tout, pour ce
travail non plus il n’y a pas de mode d’emploi tout prêt. Dans
l’ensemble du TIKKO, si nous devons apprendre à faire la guerre en la
faisant, en tant que femmes, nous commençons à résoudre nos problèmes
inhérents à la guerre en rentrant encore plus dans cette guerre. Mais
les problématiques des femmes en guerre ne commence pas seulement avec
la Guérilla. Avec chaque camarade qui se joint à la Guérilla, nous
commençons par travailler sur les questions de répartition genrée des
tâches dans la société et nous la remettons en question. Ceci est une
méthode, une méthode pour mettre en évidence les problématiques et les
contradictions. C’est ainsi que nous trouvons des solutions sur la
questions de l’idéologie de l’apprentissage de la domination masculine.
Par exemple, les discussions que nous avons sur la répartition des
tâches selon les Genres et les questions de : « être l’objet de,
dépendance, manque de confiance en sois, émotivité », nous les résolvons
à partir d’expériences concrètes de chacune des camarades. Mais, bien
évidemment, pour les résoudre, il ne suffit pas de saisir les
problématiques et les contractions, pour régler ce sujet il faut avancer
pas à pas.
Par exemple, si une camarade a des difficultés à prendre la parole,
alors il faut avant tout en rechercher la cause. Et en pratique, cette
camarade s’efforce d’intervenir à chaque réunion. Et à partir de cette
méthode, des formation spécifiques aux femmes, celles spécifiques aux
hommes puis les discussions mixte, nous traitons l’ordre du jour
déterminé. Le fait est que et pour les femmes, et pour les hommes, ces
formations soient spécifiques est très important en terme d’ouverture et
de remise en question.
“Ce que les hommes « ont à perdre », ce que les femmes « ont à gagner »”
Est ce que vous menez des travaux avec les camarades hommes ?
Les formations que nous faisons concernent aussi les camarades
hommes. Les travaux que nous effectuons avec eux sont différents. De ce
que nous savons, les travaux spécifique que nous faisons pour les hommes
n’ont encore jamais été fait dans notre organisation (TIKKO). Et même
si, de par le fait que ce soit nouveau, nos manques sont mis en
évidences, il ne faut pas perdre de vu que ça créé d’importantes
expériences et connaissances. Étant donné que, jusque là, les camarades
hommes se pensaient à l’abri de cette problématiques, ils montrent
toujours un peu de la la retenue dans l’effort à faire. Même s’ils ont
une prise de conscience, il est difficile pour des hommes de se remettre
en question. Lorsque nous faisons un travail de réflexion sur deux
ensemble, il n’est pas exagéré d’avoir cette conclusion.
Étant donné que les camarades hommes pensent tout d’abord à ce qu’ils
vont « perdre », ils ne font pas d’efforts pour s’ouvrir. Tandis que
les camarades femmes à partir du moment où elles croient en cette
nécessité, quand elles voient ce qu’elles ont à y « gagner », elles ont
plus d’ouverture d’esprit. Il est certain que ces réactions sont les
résultats de leurs construction sociale. Les camarades hommes ont peur
qu’ après s’être défait des comportements masculinistes qui leur est
enseigné depuis des siècles, il ne leur reste plus rien. Entre le moment
où nous commençons ces formations et le moment où nous les finissons,
nous pouvons constater un changement certain de leur compréhension et
leur comportement.
En dehors de cela, la décision prise pas le Commandement Régional ;
qu’à chaque réunion il y ait un ordre du jour qui « touche » les
camarades femmes, est un acte important car inclure ces problématiques à
l’ordre du jour des réunions permet de mieux les débattre et de plus
les approfondir.
Quels sont vos objectifs dans le domaine militaire ?
Nous sommes régulièrement confrontées à la perception cela laquelle
la guerre est un « travail d’homme ». De notre côté la première chose
que nous devons briser est celle-là. Comment le briser ? En insistant
sur la mise en avant des femmes ; nous pouvons affirmer que notre
premier objectif est que les femmes soient en première ligne dans les
actions et les patrouilles, qu ’elles prennent des responsabilités et
qu’elles soient plus visibles dans les activités. Nous proposons pour
cela qu’il y ait systématiquement minimum une femme dans chaque groupe
d’action.
Notre objectif suivant est que les camarades femmes accèdent aux
fonctions de commandements. Car c’est ainsi qu’en pratique nous ferons
attention à ce que les femmes, dans la Guérilla, soient au centre de
l’attention et qu’elles puissent prendre les devant. Évidement nous
rencontrons certains problèmes. Il faut commencer par aborder les
approches erronées des camarades hommes sur le sujet. A propos des
violences psychologiques subits par les camarades femmes, il ressort que
du côté des camarades hommes, leur initiatives sont étouffées dans
l’œuf, qu’elles ne sont pas prises en compte. Naturellement, cela ne
fait qu’aggraver le manque de confiance en sois des camarades femmes.
Quand déjà dans la prise en charge des initiatives elles sont mises en
difficulté, lorsque celle-ci sont brisé dès le départ, il devient encore
plus compliqué de se sentir capable d’en prendre. Étant donné que ça
demande déjà des effort de faire « appliquer » ses instructions, il en
ressort que les camarades femmes montrent de la timidité lorsque ’elles
donnent leurs instructions aux hommes. Et tout cela augmente encore le
manque de confiance en sois des camarades femmes : « est-ce que je peux
le faire ? ». En conclusion dans la prise en compte et le partage des
responsabilités avec les camarades hommes, nous constatons comme un
recul.
Comme nous l’avons déjà dit, notre objectif est que dans la Guérilla,
les femmes se mettent en avant, prennent des responsabilités et soient
plus visibles. En ces conditions la guerre sera aussi un « travail de
femme ». Et pour cela comme nous l’avons précisé dans d’autres
questions, nous avançons sur nos analyses des approches de dominations
masculine ; d’un autre côté nous trouvons des solutions, grâce travaux,
au manque de confiance en sois des camarades femmes. Si jusqu’à présent
il y avait un manque, c’est parce que l’organisation n’appliquait pas de
politiques spécifiques sur ce sujet. Là aussi nous faisons et ferons
encore des pas en avant.
A partir de tout cela, notre objectif à long terme est de provoquer
la constitution d’une armée de femmes. En ce moment chaque nouvelle
étape que nous passons est pour en créer le noyau. C’est en visant cela
que nous agissons et c’est ce la que nous voulons faire vivre. Pour que
les femmes puissent avoir un endroit qui leur est propre, où elles
pourraient s’exprimer librement, et pour que les femmes de la classe
ouvrière aient leur armée de libération, cette constitution d’une armée
de femmes est essentielle. Chaque nouvelles évolutions vers laquelle
nous avançons servent, et serviront, cette cause.
2eme partie bientôt…
https://nouvelleturquie.wordpress.com